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| CHRONIQUE
DES TEMPS ANCIENS
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Les
délits et les peines aux temps anciens
et modernes1
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Messieurs R.
et P., brillants avocats, ont
fait paraître en 1813, les
annales du crime et de l'innocence
et choix des causes célèbre.
Pas moins de vingt volumes pour
nous conter les plus grands procès
anciens et modernes, réduits aux
faits historiques. Ces deux magistrats,
effrayés par la barbarie judiciaire
moderne, commencent par dresser
au lecteur un tableau insoutenable
des peines encourues par ceux
qui enfreignaient les lois de
l'époque.
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"
Les législateurs ne craignirent
point d'user d'un raffinement barbare
en faisant couler sur l'échafaud
le sang des criminels. On imagina
les tortures auxquelles succombait
souvent l'innocent dont la constitution
était faible tandis que le coupable
robuste sortait victorieux de cette
lutte terrible. Ainsi l'on punissait
l'accusé avant d'être certain de
son crime. On ignore quelle fut
l'origine de ce supplice plus cruel
que la mort. On sait seulement qu'il
était en usage chez les Athéniens
mais ils ne l'employaient que dans
les crimes d'état.
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" La question préparatoire
fut ignorée pendant une longue
suite de siècles dans l'Europe
occidentale. On y suppléait
par les Epreuves. Les
E preuves étaient de quatre
espèces différentes : le duel,
l'eau froide, l'eau chaude
et le feu ardent. On les nommait
le Jugement de Dieu.
Elles passèrent d'Egypte en
Grèce et ne furent point admises
chez les Romains, mais les
Tartares remplirent l'Europe
de cette jurisprudence qu'ils
tenaient des Perses. Gondebaud,
roi de Bourgogne, fut, de
tous les rois, celui qui autorisa
le plus l'usage du combat
judiciaire. On a remarqué
à ce sujet qu'un homme accusé
d'homicide était en droit
d'en commettre 2. En effet,
la force ou l'adresse faisait
d'un coupable, un innocent,
mais alors l'innocent était
puni comme coupable. On se
battit par procureur c'est-à-dire
qu'on avait le droit de nommer
un champion pour défendre
sa cause : tout dépendait
du choix. Les femmes et les
prêtres étaient forcés de
combattre par procureur. Les
nobles combattaient à cheval
et les roturiers à pied. Au
jour assigné, les deux
champions se présentaient
sur l'arène, à cheval, visière
baissée, écu au col, glaive
au poing, épées et dagues
ceintes.
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Ils devaient porter dans leurs
bannières un crucifix ou l'image
de la Vierge. Ils juraient sur
le crucifix et prenaient Monseigneur
Saint Georges à témoin de
leur bon droit ce qui ne pouvait
avoir lieu sans que l'un des
deux champions se parjurât (...)
Cette épreuve cessa en France
vers la fin du XVIe siècle.
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" L'épreuve
par l'eau froide fit, dit-on,
imaginée par le pape Eugène
II. L'accusé était tenu de
jeûner pendant trois jours,
conduit le quatrième à l'église,
il assistait à une messe
de jugement, communiait,
buvait de l'eau bénite, était
dépouillé nu, baisait l'Evangile
et était jeté ensuite, pieds
et poings liés dans une cuve
d'eau également bénite. Si
l'eau le supportait, il était
coupable ; s'il allait au
fond, il était innocent. Cet
usage a duré jusqu'au début
du XVIIIe siècle.
" L'épreuve
par l'eau chaude consistait
à retirer une pierre du fond
d'une chaudière pleine d'eau
bouillante. Elle était précédée
des mêmes cérémonies. " L'épreuve
du feu ardent était la plus
terrible de toutes. L'accusé
qui ne pouvait porter à douze
pas une barre de fer rouge
du poids de 3 livres et qui
ne pouvait passer sa main
dans un gantelet de fer rouge,
le tout sans se brûler, était
atteint et convaincu de crime.
" L'épreuve du feu ardent
était la plus terrible de
toutes. L'accusé qui ne pouvait
porter à douze pas une barre
de fer rouge du poids de 3
livres et qui ne pouvait passer
sa main dans un gantelet de
fer rouge, le tout sans se
brûler, était atteint et convaincu
de crime.
" Après l'une ou l'autre de
ces deux dernières épreuves,
on enveloppait la main dans
un sac que le juge cachetait
de son cachet. Si après 3
jours cette brûlure ne laissait
pas de traces, l'accusé était
déclaré innocent.
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"
Il existait encore quelques
autres épreuves, telle que celle
par la Croix et celle par
le Cercueil. Quant à la
première, les deux champions
étaient tenus d'étendre les
bras en croix et de rester dans
cette attitude jusqu'à ce que
la fatigue les forçât à laisser
tomber leur bras. Le premier
qui se lassait de cette posture,
était reconnu coupable. Le criminel
qui s'approchait du cadavre
de l'homme qu'il était soupçonné
d'avoir tué sans que la plaie
saignât ou que les chairs palpitassent,
était reconnu innocent.
" On était persuadé que Dieu
se manifestait dans ces épreuves
et que le Ciel, attentif à la
querelle, faisait triompher
la bonne cause, en désignant
le vrai coupable.
" Aux épreuves succéda la
question dont nous parlerons
plus bas. Si nous voulions donner
un léger aperçu des principaux
supplices usités dans les nations
policées, nous ferions un volume
; et ce qui paraîtra sans doute
étonnant, pas un genre de supplice
ne serait répété. Il y avait
jadis dans l'art de tuer les
hommes, une variété de tourments
dont il est difficile de se
faire une idée. Etre condamné
à être supplicié, c'est être
condamné à perdre la vie forcément.
C'est là, que dans tous les
temps, auraient dû se borner
le pouvoir des juges et la science
des bourreaux. Mais la cessation
de la vie fut la moindre peine
que durent endurer les criminels.
Il existait un talent de les
tourmenter qui révolte l'humanité.
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Des
hommes de tous rangs, de tous
états, destinés même à la paix
du cloître, ont imaginé, inventé,
raffiné des supplices dont l'enfer
pourrait revendiquer la découverte.
" Brûler-Ecorcher-Moudre-Ecraser-Scier-Couper-Rompre-Percer-Pendre-Egorger-Poignarder-Rôtir-Etrangler-Etouffer-Empaler-Disloquer-Eventrer-Fustiger-Noyer-Bâtonner-Sabrer-Tenailler-Enterrer-Ecarteler-Décapiter...
Tels furent les délassements
des hommes qui vivaient en société
et qui osaient parler de lois
! |
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"
Nous ne nous appesantirons point
sur cette longue suite de maux,
sur ces supplices recherchés
qui semblent plutôt inventé
par la férocité que par la justice.
"
La décapitation : (...)
La décapitation était usitée
chez les gaulois. Elle se fit
tantôt avec la hache, tantôt
avec l'épée (...) Il est vrai
que ce supplice fut toujours
très rare parce qu'il était
réservé aux nobles. Richelieu
qui voulut détruire la puissance
des courtisans pour élever la
sienne, fit périr beaucoup de
grands : c'était un phénomène
! On vit plus de têtes tranchées
sous Louis XIII que sous tous
ses prédécesseurs. Ce supplice
fut assez fréquent pour que
le bourreau pût y acquérir de
l'habilité.
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Cette habilité est purement
individuelle : elle fut comme
nous le disons, le fruit de
l'habitude. On
avait vu au supplice du malheureux
de Thou et Cinq-Mars un exemple
effrayant de maladresse. Cinq-Mars
fut décapité le premier et d'un
seul coup de hache (ce qui prouve
en passant que cette arme était
encore en usage pour ces sortes
d'opérations). De Thou, montant
sur l'échafaud, avoua qu'il
avait peur de la mort et que
le corps de son ami, étendu
à terre, le troublait. Il lui
demanda qu'on lui fit l'aumône
d'un mouchoir. On lui en jeta
un. L'exécuteur lui banda les
yeux. Il le pria de ne pas le
manquer. Vaine prière ! Le malheureux
de Thou reçut nombre de coups
et ne fut décapité qu'au onzième
! Au commencement du règne de
Louis XIV, madame Tiquet dont
le seul nom rappelle le crime,
fut décapitée. Ebloui par ses
charmes, l'exécuteur la manqua.
(...) |
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" Jetons un coup d'œil rapide
sur ces supplices, en commençant
par les moindres peines dont
quelques-unes ont été conservées.
" L'admonition
: Simple réprimande du juge
qui ne notait point d'infamie.
L'accusé, amené dans la chambre
pendant l'audience, se tenait
debout derrière le barreau.
Le président lui adressait
à haute voix ces mots : "
La Cour vous admoneste et
vous faites grâce. Soyez plus
circonspect à l'avenir. Retirez-vous
: vous entendrez le reste
de votre arrêt. "
" Le
blâme : Punition plus
grave. L'accusé était amené
par les huissiers. Il entendait
son arrêt, à genoux, tête
nue : " La cour vous blâme
et vous rend infâme : soyez
plus circonspect ou vous serez
plus sévèrement puni. Retirez-vous,
vous entendrez le reste de
votre arrêt. " Beaumarchais
encourut la peine du blâme.
Il poussa l'effronterie jusqu'à
porter à la boutonnière de
son habit une espèce de médaille
sur laquelle on lisait ces
mots : " Beaumarchais blâmé
"
" Le
bannissement : Ordre de
sortir du lieu dans les 24
heures avec défense, sous
des peines plus sévères, d'y
revenir avant une époque déterminée.
Quelquefois le bannissement
était à perpétuité.
" Le
carcan : Le coupable est
conduit à pied, les mains
liées par l'exécuteur jusqu'au
poteau planté sur la place
publique. A ce poteau est
attaché une chaise au bout
de laquelle pend un collier
de fer de trois doigts de
large, ayant une charnière
pour l'ouvrir. On fait entrer
le col nu du patient dans
ce collier qu'ensuite on ferme
avec un cadenas. Un écriteau
placé devant et derrière annonce
le délit dont il s'est rendu
coupable.
" Le
pilori : La seule différence
entre le carcan et le pilori
consiste en ce que ce dernier
était un petit bâtiment carré,
muré jusqu'à la moitié de
sa hauteur. Le surplus était
à jour, au moyen de piliers
de charpente qui soutenaient
le toit. A Paris, le pilori
était au milieu des Halles.
Au centre du bâtiment, une
poutre, debout et tournant
sur son pivot, soutenait un
plancher rond, entouré d'une
espèce de balcon percé de
trois trous ronds : savoir,
celui du milieu où on faisait
passer la tête du coupable
et un de chaque côté pour
les mains. ON faisait tourner
de temps en temps le pivot
et le patient, pris par la
tête et les mains tournait
avec ce pivot et présentait
la face de tous côtés.
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" Le fouet : Le
coupable, nu jusqu'à la ceinture,
était conduit par l'exécuteur
et recevait de sa main, sur
les épaules, à chaque place
publique indiquée, la quantité
de coups de verges de bouleau
portée par l'arrêt de sa condamnation.
"
Le fouet sous la custode
: La même peine mitigée et
moins infamante. La peine
du fouet était infligée au
coupable à la porte de la
prison. Le public n'en était
pas témoin.
" La marque et la flétrissure
: Le coupable a les épaules
nues. L'exécuteur fait rougir
un fer au bout duquel est
la marque indiquée par l'arrêt.
Il appuie un instant ce fer
sur l'épaule du coupable.
Les traces de la marque ne
s'effacent jamais.
"
Les galères : On passe
au col du coupable un anneau
de fer d'où pend une chaîne
au bout de laquelle est un
autre anneau qu'on attache
à un pied : vers le milieu
de cette chaîne, il y en a
une autre qui y tient. Au
bout de cette dernière est
un anneau qu'on attache au
poignet opposé. Celle-ci est
assez longue pour laisser
la liberté du bras. Une chaîne
commune attache à cette dernière
tous les galériens, depuis
le premier jusqu'au dernier
et tous marchent à pied, conduits
par les gardes jusqu'au lieu
du châtiment où chacun est
derechef enchaîné sur les
bancs de la galère pour y
ramer lorsqu'elle va en mer.
Les femmes ne sont jamais
condamnées à ce supplice.
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" La question ordinaire
et extraordinaire : Dans
l'étendue du parlement de
Paris, on faisait usage de
la question à l'eau et de
celle dite des brodequins.
"
La question à l'eau
: La plus ou moins grande
quantité d'eau qu'on faisait
avaler à l'accusé formait
seule la différence de la
question ordinaire à l'extraordinaire.
On faisait asseoir l'accusé
sur une espèce de tabouret
de pierre. On lui attachait
les poignets à deux anneaux
de fer, distants l'un de l'autre,
derrière son dos puis les
deux pieds à deux autres anneaux
qui tenaient à un autre mur
devant lui : on tendait toutes
les cordes avec force et lorsque
le corps du patient commençait
à ne plus pouvoir s'étendre,
on lui passait un tréteau
sous les reins, ensuite on
tendait encore les cordes
jusqu'à ce que le corps fût
bien en extension. Le questionnaire,
homme destiné par sa charge
à cet ouvrage, tenait, d'une
main, une corne de bœuf creuse,
de l'autre, il versait de
l'eau dans la corne et faisait
avaler au patient 4 pintes
pour la question ordinaire
et 8 pintes pour l'extraordinaire.
Un chirurgien tenait le pouls
du patient et faisait arrêter
pour un instant, suivant qu'il
le sentait faiblir. Pendant
ces intervalles, on interrogeait
l'accusé pour en arracher
l'aveu du crime dont il était
prévenu ou pour avoir révélation
de ses complices.

" La question aux brodequins
: Les brodequins se donnaient
plus rarement que l'eau parce
qu'ils pouvaient estropier
l'accusé. On le faisait asseoir,
on lui attachait les bras,
on lui faisait tenir les jambes
à plomb (d'aplomb), ensuite
on plaçait des deux côtés
de chaque jambe, deux planches,
une en dedans, l'autre en
dehors. On les serrait contre
la jambe en les liant sous
le genou et au dessus de la
cheville du pied. Ensuite,
ayant passé les jambes près
l'une de l'autre, on les liait
toutes deux ensemble avec
de pareilles cordes placées
aux mêmes lieux.
Alors on introduisait avec
force des coins de bois dans
les deux planches du dedans,
entre les genoux et par en
bas, entre les deux pieds
: ces coins serraient les
planches de chaque jambe de
façon à faire craquer les
os. La question ordinaire
était de 4 coins, l'extraordinaire
de 8.
" Dans le ressort de divers
autres parlements, on employait
pour donner la question, les
mèches allumées entre les
doigts. On liait quelquefois
le patient à une corde par
les bras renversés par derrière
avec des poids aux pieds.
On l'élevait en l'air au moyen
d'une poulie et après l'avoir
laissé quelque temps suspendu,
on le laissait tomber de toute
la hauteur du lieu, à demi
pied de terre avec des secousses
qui disloquaient toutes les
jointures et lui faisaient
jeter des cris horribles.
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" On employait
aussi la question par le feu,
la plus atroce peut-être de
toutes et dont n'ont fait que
trop fréquemment usage, de nos
jours, les scélérats nommés
chauffeurs.
"
L'amende honorable : Elle
se faisait par le criminel en
marchant au supplice. A genoux,
tête nue, la corde au col et
une torche du poids de deux
livres en main, il demandait
à la porte de l'église principale,
pardon à Dieu, au roi et à la
justice.
"
L'amende honorable sèche
: Elle différait de la première
en ce qu'elle ne se faisait
point en place publique mais
seulement devant les juges assemblés
en présence des parties offensées.
"
Le poing coupé : L'exécution
se faisait à la suite de l'amende
honorable, à la porte de l'église
ou au lieu même du supplice
que le coupable devait subir.
On faisait mettre le patient
à genoux, la main placée à plat
sur un billot haut d'environ
un pied. D'un coup de hachette
ou de couperet, l'exécuteur
faisait sauter la main et enveloppait
de suite le bras dans un sac
plein de son. Cette peine est
aujourd'hui réservée au patricide.
"
La langue coupée : L'exécuteur
la coupait avec un couteau.
"
La langue percée : L'exécuteur
la perçait avec un fer rouge,
pointu ou à froid, suivant l'arrêt.
Louis IX, dit Joinville, fit
brûler et mercher (marquer)
à fer chaud le nez et la balièvre
d'un bourgeois de Paris. Cet
homme s'était rendu coupable
de blasphème.
"
La potence : Ce supplice
était réservé aux roturiers.
Il fut un temps néanmoins où
les nobles subissaient aussi
cette peine. On lit dans les
établissements de Saint-Louis,
qu'un gentilhomme qui séduit
et déshonore une demoiselle
confiée à sa garde est dépouillé
de son fief. S'il a employé
la violence, il est pendu.
"
Le criminel condamné à ce supplice
avait trois cordes au col. Les
deux premières, de la grosseur
du petit doigt, avaient chacune
un noeud coulant. La troisième,
nommée le jet, ne servait qu'à
jeter le patient hors de l'échelle.
"
Assis dans la charrette de l'exécuteur,
le dos tourné au cheval, il
avait parfois à côté de lui
le confesseur et le bourreau
derrière. Arrivé à la potence
où était appuyée et liée une
échelle, le bourreau montait
le premier à reculons et aidait,
au moyen de cordes, le criminel
à monter de même. Tandis que
le confesseur remplissait un
ministère pénible et digne d'éloges,
l'exécuteur attachait les deux
cordes au bras de la potence.
Le consolateur descendait. Alors,
d'un coup de genou et aidé du
jet, l'exécuteur faisait quitter
l'échelle au patient qui se
trouvait suspendu. Les nœuds
coulants des deux autres cordes
lui serraient le col et le bourreau
se tenant des mains aux bras
de la potence, montaient sur
les mains liées du patient et
à force de secousses et de coups
de genoux dans l'estomac, il
terminait le supplice par la
mort. Ce supplice était horriblement
hideux. |
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" On pendait par les
aisselles les jeunes gens
auxquels, vu leur âge, on
voulait laisser la vie. On
leur passait une sangle sous
chaque aisselle. On en attachait
les deux bouts au bras de
la potence. On passait deux
cordes dans des trous pratiqués
aux extrémités d'une planche
qu'on élevait à plat sous
leurs pieds, de façon qu'ils
y posassent. On attachait
aussi ces deux cordes au bras
de la potence. Le patient
restait ainsi pendant l'espace
de temps déterminé par l'arrêt.
" Le frère du fameux Cartouche
y mourut parce qu'on supprima,
à dessein, la planche des
pieds.
" La roue : Au
milieu d'un échafaud était
attachée, à plat, une croix
de saint-André, faite avec
deux solives en croix oblique
assemblées au milieu où elles
se croisaient. On espaçait,
dans chacune des quatre branches,
deux entailles à environ un
pied l'une de l'autre. Le
criminel, nu en chemise, était
étendu sur cette croix, la
face tournée vers le ciel.
On relevait la chemise aux
bras et aux cuisses et on
l'attachait à la croix avec
des cordes à toutes les jointures,
c'est-à-dire aux épaules,
aux coudes, aux poignets,
au haut des cuisses, aux genoux
et aux coudes-pieds. On lui
mettait la tête sur une pierre.
En cet état, le bourreau,
armé d'une barre de fer carrée
large d'un pouce et demi et
arrondie avec un bouton à
la poignée, en donnait un
coup violent entre chaque
ligature, vis-à-vis de chaque
entaille et comme dans ces
endroits, les os portaient
à faux, ils étaient aussitôt
brisés. Quand l'exécuteur
avant fini d'un côté, il sautait
par-dessus le patient pour
l'autre côté et terminait
cette opération terrible par
deux ou trois coups sur l'estomac.
" Le patient ne devait pas
toujours être rompu vif. On
avait précédemment construit
sous l'échafaud, à l'endroit
où devait être posé sa tête,
un moulinet composé de deux
montants, arrêtés en haut
sous l'échafaud et en bas
dans la terre. Deux traverses
les assemblaient. Au milieu
se trouvait le moulinet rond
percé de trous. Une corde
passée en cravate sur le col
du criminel communiquait à
ce moulinet et se roulait
autour par le moyen de leviers
que deux hommes abaissaient
l'un après l'autre, elle serrait
vigoureusement le col et étranglait
sur le champ le criminel
" A un coin de l'échafaud,
était placé horizontalement
sur un pivot, une petite roue
de carrosse dont on avait
scié le moyeu du dehors. Aussitôt
que l'expédition était faite,
on détachait le supplicié,
on lui pliait les cuisses
en dessous, de façon que ses
talons touchassent au derrière
de sa tête. On le plaçait
dans cette situation, sur
la petite roue. On le liait
de toutes parts, aux jantes
et on le laissait ainsi exposé
au public plus ou moins de
temps. Quelquefois on l'exposait
sur un grand chemin où le
cadavre était abandonné. "
On frémit quand on songe que
l'infortuné Calas et tant
d'autres qui n'étaient pas
coupables, périrent sur la
roue.
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" Le bûcher : On
plantait un poteau de sept à
huit pieds de haut autour duquel,
laissant un espace vide, on
construisait un bûcher en carré,
composé alternativement de fagots,
de bûches et de paille. On plaçait
aussi autour du bas du poteau
un rang de fagots et un second
de bûches. On laissait à ce
bûcher, un passage pour arriver
au poteau. Ce bûcher était à
peu près élevé à la hauteur
de la tête du patient. Le criminel
était dépouillé de ses vêtements
et revêtu d'une chemise soufrée.
On le faisait entrer et monter
sur les rangs de bois placés
au pied du poteau. Là, tournant
le dos à ce même poteau, il
y était attaché, savoir par
le col avec une corde et par
le milieu du corps avec une
chaîne de fer. Ses pieds y étaient
également liés avec une corde.
On fermait alors le passage
avec les mêmes matières combustibles
de manière qu'il échappait aux
regards. Alors, on mettait le
feu au bûcher. " Lorsqu'on usait
d'indulgence envers le criminel
et qu'on voulait lui épargner
la douleur de mourir dans les
flammes, sans cependant que
le public en eût connaissance,
on ajustait, en fermant le bûcher,
un croc, de façon que la pointe
se trouvât placée vis-à-vis
du cœur. Aussitôt qu'on avait
mis le feu au bûcher, on poussait
avec force le manche de ce croc
qui débordait et l'on perçait
ainsi le cœur du patient qui
mourrait sur-le-champ.
"
Ecarteler : Le supplice
était très rare et ne s'exécutait
que pour les crimes de lèse-majesté
au premier chef : attentat à
la vie du souverain.
" Un échafaud de trois
pieds et demi de haut était
construit au milieu d'un parc,
entouré de palissades, assez
étendu pour que les chevaux
eussent suffisamment de place
pour tirer. Le criminel était
posé sur l'échafaud à plat sur
le dos. On l'y attachait avec
des liens de fer dont l'un lui
entourait la poitrine vers le
col et l'autre les hanches et
le bas ventre. Ces liens étaient
vissés dans le bois de l'échafaud
afin que le corps du criminel
ne cédât point à l'effort des
chevaux. On lui liait ensuite
à la main l'arme parricide dont
il s'était servi. On la lui
brûlait avec un feu de soufre.
On lui arrachait des morceaux
de chair avec des tenailles,
aux mamelles, aux bras, aux
cuisses et aux gras des jambes.
On versait sur les plaies une
composition de plomb fondu,
d'huile bouillante, de poix
résine, de cire et de soufre
fondus ensemble. Cela fait,
on attachait aux bras et aux
jambes une corde à chaque membre
: aux jambes, depuis le genou
jusqu'au pied et au bras, depuis
l'épaule jusqu'au poignet, par
trois nœuds d'emballage qu'on
faisait faire à la corde. Le
surplus de cette corde s'attachait
au palonnier de chaque cheval.
On les faisait ensuite tirer
par petites secousses, ce qui
occasionnait au patient des
douleurs terribles. Après quoi
l'on faisait tirer les chevaux
de toutes leurs forces pour
écarter tous les membres : mais
les tendons et les ligaments
résistant malgré l'effort des
quatre chevaux, on était obligé
de couper le tout à la jointure
des os. Alors chaque coursier
entraînait un membre que l'on
détachait ensuite de sa corde,
ainsi que le tronc resté sur
l'échafaud. Le tout était jeté
dans le bûcher jusqu'à ce qu'il
fût consommé et les cendres
dispersées au gré du vent. "
Tel fut le supplice de Robert-François
Damiens qui, le 5 janvier 1757
porta une main parricide sur
la personne de Louis XV. Il
fut condamné le 26 mars suivant
et exécuté le 28. Son supplice
dura deux heures, lui vivant.
(...)
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" L'armée avait
son code pour les délits et
les crimes militaires. Un
soldat était-il accusé au
conseil de guerre, composé
de militaires de différents
grades le jugeaient. S'il
était coupable, la punition
lui était infligée par ses
camarades. Le vol était puni
par les verges, les baguettes
ou par les courroies. Le criminel,
nu jusqu'à la ceinture, traversait
les rangs des soldats qui
le frappaient de verges et
quelquefois, on le faisait
périr sous les coups. Ce supplice
était horrible. "
La
désertion était punie de mort.
On fusillait le soldat coupable
de ce crime. Le ministre Saint-Germain
changea les peines militaires.
Le déserteur ne subissait
plus la mort. On le condamnait
à traîner le boulet et à aller
ramer sur les galères.(...)
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Le système des peines fut totalement
remanié par le Code Pénal. Les
peines en matière criminelle
sont ou afflictives et infamantes
ou seulement infamantes. Les
peines afflictives et infamantes
sont la mort (la tête est tranchée),
les travaux forcés à temps ou
à perpétuité, la déportation,
la réclusion. Les peines infamantes
sont le carcan, le bannissement
et la dégradation civique. "
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1- Annales
du crime et de l'innocence et choix
des causes célèbres anciennes et modernes
réduites aux faits historiques,
par MM. R. et P., anciens avocats,
1813, Tome I.
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